Dominici, et si c'était bien lui?
    P.et G. DOMENECH
 
Thème : Actualité, Reportages, Fait Divers  
 

Ce livre a été écrit il y a près de cinquante ans. C'est l'enquête d'un reporter qui, quatre années durant, avait suivi chacune des péripéties de ce qu'on appelait alors « l' affaire de Lurs ». A l'heure où toutes les versions et hypothèses ont été évoquées, il convenait de faire reparaître un ouvrage devenu culte pour les initiés. Aux lecteurs, espérés fort nombreux, de dire si nous avons eu raison de permettre l'accès à une information non biaisée, respectueuse des faits et des personnes.

 

  15 x 21 cm
  616p
  23,5€
 ISBN 2-87867-543-6


  De "l'affaire de Lurs" à "l'affaire dominici" par Pierre DOMENECH  
  C' est l'enquête d'un reporter qui, quatre années durant, avait suivi chacune des péripéties de ce qu'on appelait alors « l' affaire de Lurs »". Au fil de cette enquête minutieuse et sensible, ce journaliste s'est forgé une conviction : le triple meurtre de la Grande Terre n'est qu'un fait-divers banal , « une toute petite histoire criminelle » qui aurait pu « être résolue en deux jours ». En signant le bon à tirer, le 7 juin 1956 dans sa chambre de l'hôtel Lou Viei Moulin, à Peyruis, Gabriel Domenech réaffirmait sa conviction : « le vieux Gaston, écrivait-il est le seul coupable du crime ». Mais il pressentait également que cette certitude, qu'il partageait avec les policiers et les jurés de la cour d'assises de Digne, ne s'imposerait jamais de manière incontestable. La vérité était trop banale, trop simple, trop « bête » pour une affaire qui avait pris de si spectaculaires proportions. Gabriel Domenech savait que, plus le temps passerait, plus cette vérité se trouverait contestée. « L'affaire, écrivait-il dans la préface de cette première édition, va durer cinquante ans, plus peut être. C'est-à-dire qu'on discutera toujours le cas de l' affaire Dominici ».
 Ce qu'il ne pouvait imaginer, en 1956, c'est qu'une fiction télévisée, inspirée d'un livre sans consistance, la travestirait au point de faire de Gaston Dominici une victime.
 Gabriel Domenech appartenait à la « veille école » du journalisme : celle qui s'attache aux faits et les vérifie plutôt deux fois qu'une. Ses tenants refusaient le clinquant, le tapageur, l'approximatif. Ils n'auraient pas survécu aux exigences du monde médiatique d'aujourd'hui.
 L'école moderne, celle des jeunes gens pressés de faire parler d'eux et d'en engranger les bénéfices, a donc produit une thèse nouvelle que la quasi totalité des journaux et des chaînes de télévision a aussitôt adoptée : Jack Drummond aurait été exécuté ainsi que sa femme et la petite Elisabeth, par deux agents à la solde des renseignements soviétiques. Le « vieux Gaston » n'y était pour rien, et c'est l'acharnement d'un commissaire de police particulièrement haineux et obtus qui a fait de lui un suspect avant que des jurés, tout aussi obtus et également mal intentionnés n'en fassent un coupable, et la justice des hommes un condamné à mort - que le Général de Gaulle gracia en 1960.
 Les policiers, les gendarmes, les juges d'instruction, les avocats qui ont eu de « l' affaire de Lurs » une connaissance directe et intime ne sont plus là pour s'insurger. Les journalistes qui l'avaient suivie au jour le jour non plus. Devant le travestissement et le mensonge, la voie est désormais dégagée.
 Servie par le cynisme et l'irresponsabilité de la machine médiatique, une théorie nouvelle, séduisante comme un scénario de film noir, est donc en passe de s'imposer. Pour toute une génération, « l' affaire Dominici » sera désormais un film de télévision, des acteurs connus dans les rôles principaux, et une évidence : l'innocence de Gaston.
 Or, rien de tout cela n'est vrai. Dix, vingt livres sérieux, fouillés, argumentés en témoignent.
 Celui-ci fut le tout premier. Et Gabriel Domenech était mon frère ainé. Il n'était pas que cela : ensemble, pendant de longues années, au fil de dizaines de reportages, et particulièrement pendant « l' affaire Dominici », nous avons fait équipe. Gaby écrivait, je photographiais.
Je me devais à sa mémoire de rééditer ce livre. Je sais que s'il ne nous avait pas quittés prématurément, en 1990, il aurait lui-même repris la plume pour rétablir la vérité.
 « L'affaire Dominici » occupait une place importante dans la vie de Gaby. Elle lui avait permis de découvrir ces « Basse-Alpes » auxquelles il s'était attaché au point d'y entamer une carrière politique. En 1957, les électeurs du canton de Peyruis, les proches voisins de Gastonet de la Grande-Terre, l'avaient envoyé siéger au Conseil Général. L'année suivante, Gaby était élu à l'Assemblée nationale.
 La manière dont il avait traité « l'affaire de Lurs » avait révélé ses qualités de journaliste, son souci de ne jamais s'éloigner des faits, son talent à reproduire les dialogues et donner vie aux personnages.
 Ce livre , lors de sa publication, fut accueilli comme un évènement : on salua un travail « courageux » , « solide » et « concluant ».
 L'un des critiques qui eut à en faire une compte-rendu écrivit : « Les spécialistes de l'histoire criminelle et judiciaire qui, plus tard, voudront exhumer l'affaire de Lurs ne pourront, s'ils veulent y voir clair, se passer de consulter le gros livre que vient de lui consacrer notre confrère marseillais Gabriel Domenech».
 Ce « plus tard » est arrivé. « L'affaire de Lurs » , pour des raisons qui ne sont pas toutes nobles, a été « exhumée ».
Il est urgent de relire le livre que Gabriel Domench lui consacra il y a près de 50 ans.

 
Dire la vérité, la répéter, la dire encore...Gabriel Domenech (1920–1990)  
  On imagine mal aujourd'hui, ce qu'était un journal, ce qu'était le journalisme, dans les années d'après-guerre et jusqu'au milieu des années quatre-vingt.
« L'engagement » y était la règle, la tiédeur en était bannie. Un journaliste écrivait pour décrire et pour témoigner, autant que pour défendre les idées auxquelles il croyait. Toutes les formes étaient perméables : il y avait le billet d'humeur dans les reportages, de l'éditorial dans la chronique judiciaire, de "l'opinion" dans le compte-rendu des faits divers. Dans ce paysage coloré, exubérant, excessif parfois, un homme occupait une place particulière.
Gabriel Domenech avait commencé sa carrière au lendemain de la guerre, au Méridional, un quotidien issu de la Résistance chrétienne et qui, pendant près d'un demi-siècle en porterait les valeurs. Il en devint le rédacteur en chef en 1973 et jusqu'au milieu des années quatre-vingt, son nom et celui du journal allaient demeurer indissociables. Gabriel Domenech était le Méridional et le Méridional était Gabriel Domenech.
Avec "Gaby" à sa tête, ce journal dont le renom excéda toujours le tirage s'imposa comme un objet singulier dans le paysage de la presse quotidienne de province. Engagé, passionné, refusant « la pensée dominante » et ce qu'on n'appelait pas encore « le politiquement correct », le Méridional fut un journal de combat à une époque où les raisons de combattre étaient nombreuses. Dès ses premières enquêtes sur les « crimes de la Résistance », Gabriel Domenech s'imposa comme le plus tenace et le plus talentueux de ses journalistes.
Ce travail, entrepris au lendemain de la Libération, lui fit découvrir ce département qui portait encore le nom de « Basses-Alpes », encore marqué par les violences, les peurs et les rancœurs accumulées pendant les années d'Occupation. Les gens du cru lui surent gré d'avoir révélé les mensonges sous le mythe, dénoncé la crapulerie maquillée en héroïsme et quelque peu bousculé « l'omerta » qui pesait sur le pays. Entre le Marseillais et les Bas-Alpins, un lien s'était créé. Quand au mois d'août 1952, une armée de journalistes s'installera à Peyruis pour couvrir « le crime de Lurs », Gaby aura sur tous ses confrères un immense avantage : il connaît le pays, les gens qui l'habitent, les « histoires » qui les lient.
« L' affaire Dominici » consacrera son talent. A l'opposé des divagations des envoyés spéciaux des grands journaux parisiens et étrangers – car « l'affaire » a très vite pris une dimension internationale – Gaby restera toujours près des faits, du terrain, de la vérité, même quand celle-ci se révèlera d'une décevante banalité. Le journaliste avait une conviction, solidement étayée et dont il ne se départira jamais : le triple meurtre de la Grand-Terre n'était qu'un fait-divers ordinaire, « une toute petite histoire criminelle qui aurait pu être résolue en deux jours ».
Les Bas-Alpins, qui ont la tête sur les épaules, lui furent reconnaissants d'avoir ramené les choses à leur juste proportion. Par amitié autant que par gratitude les électeurs du canton de Peyruis l'envoyèrent siéger au Conseil général, avant que ceux de la deuxième circonscription du département ne l'invitent à « monter à Paris » pour les représenter à l'Assemblée nationale. "Je ne sache pas, devait-il écrire en 1973, dans « comment devenir député » (Albin Michel) que la députation, dans la très longue, très éclectique et très mouvementée histoire du parlementarisme français, ait souvent conduit au crime, mais je crois bien en revanche, être le premier citoyen de ce pays que le crime ait conduit à la députation."
Dire la vérité sur l'affaire Dominici, la répéter, la dire encore, Gaby le fit tout au long de sa vie; Il l'avait fait dans ses articles du Méridional, il exposa son intime conviction dans son livre de 1956, que nous rééditons aujourd'hui, il y revenait encore en 1973 dans « Comment devenir député », expliquant que tous ceux qui avaient cru « fantastique roman raconté chaque jour aux lecteurs de tous les journaux de France et de Navarre » n'étaient pas « préparés à recevoir une vérité aussi simplette ». Cette vérité, Gaby la résumait ainsi: le « vieux Dominici »avait tué les Drummond « tout seul, pour rien », « parce qu'il était saoul comme un cochon, qu'il avait une carabine à répétition à la main, qu'il était passé près du campement des Drummond pour voir si son champ de luzerne ne s'était pas éboulé sur la voie ferrée, qu'il s'était disputé avec Sir Drummond qui l'avait pris pour un maraudeur, qu'il avait voulu chasser ses estrangers de chez lui et qu'il avait tiré un premier coup de feu accidentellement. »
Avec un tel mobile, ou plutôt une telle absence de mobile, on ne fait rien de bon et certainement pas un best-seller ni un film de télévision. Pour appâter le chaland, il fallait dénaturer l'histoire. TF1, après le « journaliste » William Reymond l'ont bien compris; Mais leur affaire « Dominici » n'est qu'une œuvre de fiction, au demeurant fort médiocre.
Son triple crime, Gaston Dominici l'a reconnu devant le juge. « Dominici : Et si c'était bien lui » le rappelle à tous ceux qui ont oublié que « l'affaire » a été jugée il y a plus de quarante ans et que parmi les huit jurés des Assises de Digne, il ne s'en trouva aucun pour mettre en doute la culpabilité de Gaston.
 

L’affaire Dominici sur FR3
               Une émission malhonnête, qui manipule le public et bafoue la mémoire des victimes.

Une fois de plus, la télévision a décidé de dire « sa » vérité sur l’Affaire Dominici.
TF1 au mois d’octobre 2003, nous avait servi une version totalement romancée du « crime de Lurs », dans laquelle, en contradiction totale avec la réalité des faits, le « patriarche » Gaston Dominici, jugé et condamné à mort en 1953 pour un triple meurtre qu’il avait avoué, était présenté comme la victime innocente de l’acharnement policier et judiciaire. 12 millions de téléspectateurs qui ont vu ce film de fiction sont sans doute convaincus, aujourd’hui de l’innocence du « patriarche de la Grand Terre »
Le 3 juin dernier, c’est France 3 Provence qui, dans le cadre des « grands moments de la télé », a (re)diffusé un documentaire tourné en 1996 et intitulé « L’honneur perdu des Dominici » et organisé une « table ronde » à laquelle participait l’inévitable Alain Dominici, l’un des nombreux petits-fils de Gaston, le non moins inévitable Gilbert Collard, avocat des grandes causes médiatiques, ainsi qu’un chroniqueur judiciaire du quotidien la Provence, qui ne connaissait de l’affaire que ce qu’il avait pu en lire dans les journaux.
Pierre Domenech, longtemps photographe au Méridional et qui, à ce titre, avait « couvert » toute l’affaire en tandem avec son frère Gabriel, n’avait pas été convié à rejoindre ce prestigieux plateau – la réalisatrice de l’émission avait préféré aller l’interviewer chez lui, et ne diffuser que quelques minutes du long entretien qui lui avait été accordé.
Première curiosité de cette émission : l’un des derniers témoins vivants de l’affaire, interlocuteur de Gaston, de son fils Gustave, du commissaire Sébeille, du juge Périès et de l’ensemble des protagonistes du drame s’est trouvé réduit au rôle de figurant, tandis que l’avant-scène était occupée par le petit-fils, l’avocat des stars et le chroniqueur judiciaire, tous trois tenants résolus de « l’innocence » de Gaston.
Deuxième curiosité, le documentaire lui-même. On voit beaucoup Alain Dominici faire du vélo, du jogging, de l’escalade, suggérer à ses interlocuteurs – son père, sa mère, quelques vieillards qui, visiblement, n’ont plus toute leur tête – les propos qu’il a envie d’entendre et de fixer pour la postérité (Admirable scène entre Alain et son père !), et citer les morts qui ne sont plus là pour crier au mensonge et à la trahison.
Au final, une émission profondément malhonnête, qui, une fois de plus aura manipulé le public, bafoué la vérité, insulté la mémoire des victimes et celle des enquêteurs.


Le lecteur curieux d’en savoir plus peut aller consulter le site remarquablement documenté de Samuel Huet à l’adresse suivante :
http://s.huet.free.fr/kairos/doxai/domi.htm

La photo qu’on a « oubliée » de vous montrer

Rien ne destinait Gabriel Domenech à une carrière politique. Mais dans ce journaliste qui ne devait jamais transiger avec la vérité, les habitants des Basses-Alpes, et ceux du canton de Peyruis tout particulièrement, avaient trouvé un porte-parole. Du journaliste qui avait su les écouter et les comprendre, ils feraient bientôt un Conseiller général puis un député.
Cet homme que le général de Gaulle saluait lors de son passage à Digne, en 1960, a gardé sa vie durant la confiance des habitants de ce petit canton de Haute-Provence. Celle-ci s’était forgée dès l’après guerre quand, jeune journaliste, il avait contribué à soulever la chape de silence qui pesait sur « les crimes de la Libération ». Ses articles, le livre qu’il écrivit sur « le crime de Lurs » et « l’Affaire Dominici » lui donnèrent plus de solidité encore. Un tel lien aurait-il pu s’établir si Gabriel Domenech n’avait exprimé ce dont chacun alors était convaincu ?
Observons la photo suivante : à Digne en 1960, lors de sa visite présidentielle, le général de Gaulleserre la main du député bas-alpin, Gabriel Domenech.

Imagine-t-on une seconde que Domenech, étranger au département jusqu’à l’affaire, ait pu accéder à la députation, c’est à dire gagner la confiance d’une majorité d’habitants de ce département (il avait entre autres battu le député sortant socialiste Naegelen), si les dits habitants n’avaient complètement partagé son analyse du triple crime de Lurs ?
Les Bas-Alpins qui ont la tête sur les épaules, lui furent reconnaissants d’avoir ramené les choses à leur juste proportion. Par amitié autant que gratitude, les électeurs du canton de Peyruis l’envoyèrent siéger au conseil général, avant que ceux de la 2° circonscription du département ne l’invitent à « aller à Paris » pour les représenter à l’Assemblée Nationale.

"Je ne sache pas, devait-il écrire en 1973, dans "comment devenir député" (Albin Michel) que la députation, dans la très longue, très éclectique et très mouvementée histoire du parlementarisme français, ait souvent conduit au crime, mais je crois bien en revanche, être le premier citoyen de ce pays que le crime ait conduit à la députation."
Son triple crime, Gaston Dominici l’a reconnu devant le juge.
« Dominici, et si c’était bien lui » édité par les Presses du Midi le rappelle à tous ceux qui ont oublié que « l’Affaire » a été jugée il y a plus de cinquante ans et que parmi les jurés des Assises de Digne, il ne s’en trouva aucun pour mettre en doute la culpabilité de Gaston.

« Les grands moments de la télé »,
              France 3 Provence, le samedi 3 juin 2006, 90’
                                                                                                        commentaire de Samuel Huet 

On se demande ce qui a poussé les responsables d’une telle programmation à sortir une nouvelle fois les vieilles lunes (en l’occurrence un film incroyablement mensonger – rediffusé à hautes doses depuis dix années - pleurnichant sur l’honneur perdu des Dominici). Si seulement ç’avait été pour les dépoussiérer : mais non !
Ce qui frappe d’emblée, dans ce « grand moment » ( une curieuse « table ronde » - enregistrée dans le bibliothèque municipale de l’Alcazar ! - servant de prétexte à la rediffusion), c’est l’incroyable coup de vieux pris par Alain Dominici (il est vrai qu’il n’a plus tout à fait vingt ans). Non pas, bien sûr, par rapport au film-reportage de 1996, produit par A.Dhenaut et J. de Bonis (dont on lira l’examen critique - pas assez sévère, quand je le relis aujourd’hui - dans la même partie), qui accuse ses dix ans, mais par rapport à sa prestation lors de l’émission « c’est dans l’air » de juin 2003 (également répertoriée dans cette Bibliographie critique). Ce qui n’a pas bougé chez lui, en tout cas, c’est l’incroyable morgue, comme quand il énonce d’emblée, vouloir faire venir au jour « non pas la vérité de 54, mais celle que veut connaître le peuple français » (sic)… Un brin de modestie quand on est dans une telle situation, ne serait pas malvenu, mais bon… On lui accordera cependant que, ayant déclaré que « c’est pas possible que mon grand-père soit coupable », il s’est tout de même livré à une sacrée démonstration d’innocence, irréfutable…
Quant à Me Collard, toujours identique à lui-même (« vous avez tous les culots », devait justement lui lancer Jacques Chapus lors d’une autre table ronde autour du film de Deniau. Et en l’écoutant parler pour la énième fois de cette affaire, comment ne pas songer au jugement que prononça sur lui au cours de Charivari –une émission de Frédéric Bonnaud, sur France Inter- le lundi 14 juin à 18h45, Jean-Louis Comolli, l’auteur de : « Voir et pouvoir : l’innocence perdue : cinéma, télévision, fiction, documentaire » aux éditions Verdier : « Me Collard, la parole dévergondée, la parole charlatanesque » ? Lui aussi avec ses vieilles rengaines, il nous assène d’emblée que « l’affaire Dominici est l’archétype de l’erreur judiciaire « (quand on se souvient qu’il considère l’affaire Landru comme une erreur judiciaire – cf. Les grandes erreurs judiciaires du passé, chez Taillandier 1997 – on mesure ce que vaut ce terme revisité par ses soins) et ajoute qu’à travers elle, « c’est le procès de la justice d’une époque, qui doit être instruit ». D’ailleurs, il élargit aussitôt la notion d’époque, puisqu’il ajoute que « rien n’a changé depuis », et qu’il prend appui avec gourmandise, on s’en serait douté, sur l’affaire d’Outreau (dont on peut deviner sans peine qu’elle va devenir la scie des avocats échec et mat devant un dossier en béton) : cela pour clouer au pilori la fonction de juge d’instruction (et, c’était en filigrane, la personne du juge Roger Périès en l’occurrence). Me Collard était flanqué d’un jeune journaliste , Denis Trosséro, avec lequel il a commis quelques ouvrages. Mais curieusement, lorsque ce dernier a pris la parole, pour aller dans le même sens que son aîné, puis évoquer à son tour de (prétendues) erreurs judiciaires, Me Collard n’a pas répliqué, s’agissant du cas Ranucci : c’était pourtant son rôle de bondir comme il sait le faire ; fatigué, alors ? Mais non ! Car au procès Ranucci, Collard était partie civile ; c’est assez dire qu’il a démontré l’archi-culpabilité de l’avant-dernier guillotiné de France… Alors il s’est tu, lui qui n’arrête jamais de parler. Si seulement ce minuscule incident pouvait faire comprendre aux gogos téléphages qu’un avocat ne dit que la vérité de son client et rien d’autre, ce ne serait déjà pas si mal.
En revanche, on n’a pas cessé de l’entendre énoncer avec l’aplomb qu’on sait ses incroyables balivernes, du genre « la présomption d’innocence a été bafouée » (dans l’affaire), ou encore « Gaston n’a pas pu parler tout au long du procès avec ses mots » (et après avoir emprunté la sottise de Giono, il n’a pas raté l’allusion à Barthes : on peut mesurer ainsi la façon dont les révisionnistes renouvellent la panoplie de leurs arguments). Il a même ajouté : « tout le procès Dominici repose sur la garde à vue qui, à l’époque, était d’une durée illimitée ». Pour faire avaler aux téléspectateurs non-avertis (la plupart sans doute) que les Dominici père et fils ont été victimes d’un acharnement inhumain, il n’y a certes pas de meilleure méthode. Il aurait évidemment été oiseux de donner les durées exactes d’ interrogatoire, et de préciser qu’un quidam, au moins, étranger à l’affaire qui plus est, a été traité avec beaucoup moins d’égards que le vieil assassin. Car pourquoi s’arrêter à de pareils détails ?
Collard a tout de même reconnu qu’il n’a pas (encore) réussi à faire réviser la sentence de 1954 (plus exactement, ses nombreux prédécesseurs et lui) ; mais toutes les raisons qu’il donne de cet échec sont rideaux de fumée pour naïfs : la seule, la vraie explication, c’est tout bonnement l’écrasant faisceau de preuves de culpabilité. Ce qui a du échapper au cher Maître.
Lorsque, ensuite, l’animatrice annonce qu’on va voir le commissaire Sébeille (courte séquence tirée d’une interview faite en mai 1972), alors on entend des ricanements sur le plateau. Ce qui rend d’autant plus odieuse l’accusation de Collard, prétendant aussitôt après que Sébeille ricanait en rappelant la sentence. Continuant à attaquer, notre avocat en vint à stigmatiser « la manière scandaleuse dont les aveux de Gustave ont été recueillis »… Ces ricanements ont d’ailleurs connu peu après une reprise, lorsqu’un second document (récent celui-là) nous fut présenté : quatre précieuses minutes –tirées d’un enregistrement de trois heures- durant lesquelles on put entendre le frère cadet de Gabriel Domenech, expliquer pourquoi il a tenu à rééditer l’ouvrage de l’ancien député des Basses-Alpes, rappeler qu’il a assisté à la reconstitution et ce qu’il y a entendu, enfin énoncer quelques tranquilles vérités du type « on vend, on fait du fric en disant des mensonges » (il aurait pu ajouter et en crachant ignominieusement sur des morts). Le ricanement, on le saisit alors, grâce à une incrustation sur le visage du petit-fils du patriarche. C’est tout ce qu’ils savent faire face à de vrais arguments, ricaner. Et je n’ai pu m’empêcher alors de songer à un autre ricanement, rapporté en son temps par un journaliste (un vrai) du Dauphiné Libéré : tandis que le 26 novembre 1954, le procureur Sabatier prononçait son implacable réquisitoire, « au fond de la salle, on regardait des Dominici ricaner en silence. Et Yvette, ostensiblement, lisait un roman : L’amour vaincra ». Tirons le rideau.
Mais auparavant, notons que le commentaire définitif de cette minuscule et bienvenue séquence a été prononcée par le petit-fils : « il y a des gens qui ont vu la même chose que lui (Pierre Domenech), et qui n’ont pas dit la même chose que lui ». mais malheureusement , Alain a oublié de nous citer ces « gens »-là, et de nous dire ce qu’ils avaient rapporté. Alors aidons un peu sa mémoire apparemment défaillante. « Au soir de cette reconstitution, a écrit l’un de ces « gent », aucun des cent journalistes présents n’a eu l’audace d’émettre le moindre doute sur la culpabilité de Gaston » (René Pacaut . Quinze mois d’enquête à Lurs). Évidemment, tout cela est si vieux, n’est-ce pas ?
En tout état de cause, « l’honneur, c’est comme les allumettes, ça ne sert qu’une fois ». Et le clan Dominici, depuis un demi-siècle, a tout de même craqué de nombreuses allumettes, pour ne pas dire des boîtes entières.
Ça devrait faire réfléchir « le peuple français »…

Samuel Huet




Ce qu'on a dit de ce livre

"Ce document est le plus complet qui ait paru sur l'affaire"
  Marcel MONTARON

"En 1956 cette enquête de Gabriel Domenech et de son frère Pierre fut considérée comme le plus complet écrit sur l'affaire Dominici. C'est la diffusion en Octobre 2003 du feuilleton de TF1 qui pour Pierre Domenech, seul survivant des deux frères, a fait déborder le vase. En Mémoire de Gabriel, il vient de rééditer sous le titre "ET SI C'ETAIT BIEN LUI" ce livre qui n'a rien perdu de sa force de conviction."
  Jean CONTRICCI, "La Provence"

"Un an après le scandaleux téléfilm de TF1 consacré à l'affaire Dominici, cet ouvrage rappelle la vérité sur ce dossier."
  José D'ARRIGO, "Le Dauphiné Libéré"

"Ces productions historico-fantaisistes ont pour effet de remettre en cause l'impartialité de la justice, systématiquement présenté comme injuste, autiste. De tels dégâts seraient acceptables si les contre-enquêtes avaient été menées dans le but sincère de rétablir la vérité. Là en l'occurrence il s'agit plutôt de surfer sur l'un des piliers de l'État républicain et d'en faire commerce"
   Daniel BERNARD, "Marianne"

"Tout au long des 600 pages de ce livre, L'enquête est reconstituée dans le moindre détail. Tout y est, les témoignages, les mobiles."
  Pierre TANGER, Écrivain

"Cet ouvrage se lit comme un roman. Un témoignage irremplaçable pour respirer l'air de l'affaire"
  André Denis MOUSSET, "La Provence DIGNE"

"A nouveau tout est faux? Tout est truqué.
William Reymond , seul connaît le nom des coupables. Et ça marche. Les chaînes de télé surfent sur la vague : Canal plus pour JFK, TF1 avec un Michel Serrault cabotin en diable défendant la thèse de l'innocence de Gaston Dominici... Le public en redemande... avec Gabriel Domenech, l'étude du complot redevient objective. Il est allé sur place. Il a interrogé des témoins, il a recueilli des documents, bref : il a enquêté, labouré le terrain des faits et non seulement celui des idées.
Comme Gabriel Domenech, il importe aussi et surtout de ne pas avoir peur de regarder la vérité en face, aussi terrible soit-elle avec le risque qu'elle soit une effroyable ...banalité"
  Éric Paul BLANRUE, Historien-Écrivain.

"Un des livres qu'il est nécessaire de lire si l'on veut comprendre et s'affanchir du malaise créé à la fois par le festival du mensonge que fut le procès et par les rocambolesques élucubrations des responsables de la contre-enquête qui suivit."
   Charles GRENIER, "Le progrès de Lyon"

"L'oeuvre de Gabriel Domenech déborde du cadre purement journalistique par son ampleur même. La profusion de détails ne dissimule jamais de la vue d'ensemble que l'on peut avoir sur le problème. C'etait assurément ce travail qu'il fallait appeler la super enquête de Lurs"
   J.-P. OLLIVIER, "Nice Matin"

"Le Livre de Gabriel Domench ne veux pas être un réquisitoire. Mais il sait -quand il le faut- mettre sans ménagement, les points sur les i".
   Jean ESPINOUZE, "Le Provençal"

"La conviction de Gabriel Domenech et les résultats de son enquête apportent à l'édifice dressé par la justice une pierre de plus, une pierre solide comme les rochers de ces collines bas-alpines qui virent naître le monstre de Lurs" et mourir trois touristes que leur destin amena par une chaude nuit d'août sur les bords de la Durance."
   Robert FOGLIANI, "République"

"Pour ma part, j'ai pris un réel plaisir à la lecture de cette étude remarquablement faite. Pour le lecteur ignorant de l'affaire, elle apporte tous les éléments d'appréciation. Pour les observateurs déjà avertis, elle dévoile des données précieuses permettant de situer le drame dans un cadre particulier qui l'éclaire d'un jour nouveau. De toute manière, c'est un travail honnête, un témoignage vrai parce que sans haine et sans crainte. Bravo !"
   René MAURIES, "La dépêche de Toulouse"