Prix d'honneur 2006 de l'Académie Poétique et Littéraire de Provence
     
   Terre sans femme(s)
    Catherine SOISSON
 
Thème : Roman  
 

Polynésie… Terres lointaines et méconnues, aux paysages enchanteurs…

Dans les années 70, à la croisée d’un devenir chaotique, l’art de vivre ma’ohi s’est effiloché lentement, absorbé par une société d’économie et de consommation irréversible. La manne financière et les expériences nucléaires françaises ont transformé définitivement cette vie insulaire.
À quelques centaines de kilomètres de Tahiti, le DC-6 amorce sa descente et se pose sur l’atoll nucléaire interdit aux femmes : Moruroa, appelé familièrement Muru. Travail, amours, amitiés, interdits, solitudes exacerbées et désespérances intimes se mêlent à l’insouciance, au parfum du tiare et aux doutes dévastateurs.
Après 210 essais, le dernier tir a lieu le 27 janvier 1996 à Fangataufa,
laissant derrière lui un océan de désolation humaine qui, depuis, n’a cessé decroître.
Ces hommes, ces femmes, auraient-ils été trompés ? manipulés ? méprisés ?
Voici un quotidien insoupçonné sur fond d’explosions atomiques.

‘A parahi iho, fenua vahine ‘ore

  14 x 21 cm
  255 p.
  19€
ISBN 2-87867-701-3
  Note sur L'auteure Catherine Soisson
L’auteure Catherine Soisson qui a travaillé pendant 4 ans au commissariat à l’énergie atomique à Tahiti s’est servie de son expérience personnelle pour écrire son roman : « Terre sans femme (s) ».

   
   extrait du livre "Terre sans femme(s)"

PRÉFACE

Après un si long silence...


Auparavant, laissons agir la magie de ces terres colorées, lointaines et mystérieuses, et partons à la découverte d’un passé attachant que l’auteur nous conte avec tact, tendresse et sensibilité.

Octobre 2005 à Mangareva.
Dans la douce fraîcheur de cette soirée tropicale, Monique, maire de l’archipel des Gambier, prend la parole devant des dizaines d’administrés rassemblés sous le préau de la petite école communale. Un événement pour cette petite île oubliée de la Polynésie orientale proche de l’atoll atomique de Moruroa. Jamais autant d’élus de la lointaine Tahiti ne s’étaient déplacés pour écouter les Mangaréviens.
Et ils parlèrent.
Longtemps.
Pourquoi tant de bébés emportés par ces mystérieuses maladies aux lendemains de ces pluies qui empoisonnaient l’eau de nos citernes ?
Pourquoi le poisson de nos lagons nous rendait-il subitement malades ?
Pourquoi nous enfermait-on dans ce hangar pendant des heures et des heures alors que les militaires – à l’autre bout de l’île - s’abritaient dans leur blockhaus ?
Pourquoi les archives de l’infirmerie ont-elles subitement disparu ?
Pourquoi nos femmes n’avaient-elles plus d’enfants ?
Et pourquoi …

- Depuis quarante ans, s’exclame Monique, on nous raconte qu’il ne s’est rien passé d’anormal, qu’il n’y a eu aucune retombée radioactive sur notre archipel. Pour quelles raisons alors, quarante ans après le premier tir aérien, les dossiers concernant notre île sont encore classés secret défense par le Ministère de la Défense à Paris, interdisant ainsi toute recherche de la vérité ? Les Mangaréviens respectent la République. La République doit respecter ses citoyens mangaréviens en leur disant la vérité !

Mais à l’époque il fallait cacher la vérité, et encore aujourd’hui ! À Moruroa - cette terre des hommes ou cette « Terre sans femmes » - nul ne se souciait de ces petits peuples des îles et atolls voisins.
Nul, non plus, parmi les chefs militaires, n’avait souci de ces milliers de jeunes gens désignés pour servir la patrie. Et quels parents, à 20 000 kilomètres, n’étaient pas peu fiers de savoir leur fils dans ces lointaines îles paradisiaques !
Savaient-ils ?
En attendant, il fallait faire la bombe ! Oui, une bombe ! Une vraie bombe, avec son champignon et son nuage qui tombe en pluie ! Puis encore des bombes, explosées dans le sous-sol des atolls, jusqu’au jour où, peut-être, elles se répandront dans l’océan nourricier ? Rien à voir avec le discours aseptisé et
indécent - cette dissuasion - qui devait redonner fierté à la France à peine sortie de l’Occupation et de la perte de son empire colonial. Une bombe «sans risques», donc, pour les décideurs et les stratèges parisiens.

Et pourtant, la vraie, les vraies bombes furent aussi à retardement… comme une mèche lente se consumant en cancers et leucémies chez ceux, milliers d’hommes et quelques femmes, qu’on avait désignés aux invisibles et délétères rayonnements.
Alors, après un si long silence, parlons ! Merci Catherine.

Bruno Barrillot
Nommé, en 2005, Expert auprès la Commission d’enquête de l’Assemblée de la Polynésie française, sur les conséquences des essais aériens.
Auteur du livre Les Irradiés de la République



PROLOGUE

Il était une fois…
Tahiti, nommée « Nouvelle-Cythère » par M. de Bougainville, temple d’une terre féconde et prodigue, de plaisirs et de délices de l’amour. Certains continuent d’entretenir le culte et l’image de ce paradis. Pour d’autres, le mythe et les mystères des îles des mers du Sud resteront inaccessibles à tout jamais.
Que l’on soit explorateur, scientifique, aventurier, ou simple touriste à la recherche d’un éden paradisiaque, le charme et la magie des paysages enchanteurs opèrent toujours en profondeur.

Dans la première partie, l’auteur parle de sa rencontre avec l’île et ses habitants dans les années 1970, de son regard étonné posé sur une civilisation qui n’était pas la sienne, aux comportements et aux coutumes parfois hors du temps. Ce furent peut-être les dernières années dont l’enchantement, l’insouciance et un certain art de vivre laisseront des souvenirs impérissables et nostalgiques dans la mémoire des voyageurs. Chacun interprète le passé et le présent selon ses convictions religieuses ou politiques, son regard, sa sensibilité ou tout simplement selon ses rêves.
Et puis, à la croisée de son chemin, après une grande confusion quant à son devenir, l’art de vivre ma’ohi s’est effiloché, absorbé par une société d’économie et de consommation installée en force sur ce territoire. Le développement de celui-ci, bien légitime pour les autochtones, s’accomplit au prix de la disparition de l’âme polynésienne vidée lentement de sa substance et donc menacée d’extinction. Les traditions et les coutumes locales se sont transformées peu à peu en activités folkloriques.
Le changement fondamental et les transformations irrémédiables de la vie insulaire sont dus, en grande partie, aux expériences nucléaires françaises. Sur fond entêtant du parfum de gardénia, l’auteur a conservé intact son amour pour Tahiti, mirage peut-être du paradis terrestre.

En deuxième partie, ce roman-témoignage, libérateur de souvenirs, relate le vécu de l’auteur et sa vision d’évènements sur un atoll interdit au personnel féminin : Moruroa ou Mururoa, surnommé familièrement Muru.
En 1964, la Polynésie française a cédé à l’État français deux atolls du Pacifique Sud dans l’archipel des Tuamotu : Fangataufa et Moruroa. Ceux-ci ont été classés terrains militaires et la France y installa ses sites d’essais nucléaires. Le 210e et dernier tir eut lieu le 27 janvier 1996.
Durant ces années d’expérimentations, les hommes ont été des milliers à travailler, à vivre et à se succéder sur ces atolls, installés pour des mois, des années, ou simplement de passage. Pour tous, ce fut une expérience humaine insuffisamment décrite dans les ouvrages traitant du sujet. L’auteur a souhaité raconter le quotidien oublié de ces hommes et des quelques femmes affectés sur le site durant les années 1975 à 1977. Un chapitre de vie mais aussi un brassage social, une hiérarchie complexe, une coexistence civile et militaire pas toujours aisée sur une superficie étriquée.
On ne peut parvenir à oublier Moruroa.
Alexandre Soljenitsyne n’a-t-il pas écrit que « seuls peuvent comprendre ceux qui mangent dans la même écuelle » ?

Ce roman-témoignage ravivera, peut-être, un peu de cette mémoire intimiste de ceux qui se souviennent. Chacun a son vécu, sa vérité, et ceux-ci ne doivent pas disparaître.
Écrire peut libérer d’un fardeau, exorciser les démons qui hantent les nuits. La résurgence des souvenirs n’est pas chose aisée, surtout quand ils remontent à près de trente ans. Des erreurs, bien involontaires, ont donc pu se glisser dans la narration des évènements mais n’affectent en rien leur réalité.
L’auteur remercie chaleureusement Françoise Martin-Lesecq - sans son soutien inconditionnel ce livre n’aurait pu s’écrire - et Françoise Helme, amie de toute une vie qui, depuis Tahiti, a aidé l’auteur dans ses recherches.
Les aspects techniques et scientifiques des expériences nucléaires ne sont pas traités. Une documentation très complète, sous forme de livres et ouvrages divers, traite du sujet en profondeur. Les lecteurs intéressés pourront s’y rapporter.

Parce que ce livre est écrit sous forme de roman, les noms de la plupart des personnages ont été modifiés.

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